Sur la question afghane, il est fascinant de constater à quel point tout bon sens, d’une part, toute réflexion historique, d’autre part, semblent avoir échappé aux politiques et aux experts. En effet, quelle que soit la rhétorique privilégiée — « opération de maintien de la Paix » ; « lutte contre le terrorisme » ; « contribution à la stabilisation régionale » ; « opération de sécurité collective »… —, aucune ne semble marquée au sceau d’une conviction pourtant partagée par la plupart des Afghans eux-mêmes. Cette conviction, c’est que la Guerre d’Afghanistan, puisqu’il s’agit bien d’une guerre, et non d’une métaphore, est une guerre postcoloniale. Une qualification qui n’explique pas tout, mais peut-être l’essentiel.
Qu’est-ce qu’une guerre postcoloniale ? Tautologie apparente : c’est une guerre qui advient dans des pays antérieurement affectés par des guerres coloniales, et qui y renvoie, de manière directe ou indirecte. À cet égard, peu importe que les populations concernées aient raison ou tort d’établir un lien entre ceci et cela. Tout ce qui compte est leur perception de ladite guerre. Or, c’est bien le cas en Afghanistan : les guerres coloniales y ont joué un rôle majeur, tant dans l’histoire que dans la vie quotidienne ou l’imaginaire du peuple afghan. C’est aussi pourquoi une opération militaire consortiale et de grande ampleur, même justifiée par les excès des Talibans et bénéficiant du mandat de l’ONU, ne peut être considérée par les intéressés que comme postcoloniale, c’est-à-dire reproduisant des paradigmes, des situations et des travers propres aux guerres coloniales. Et, par ailleurs: des conditions favorables à la résurgence de la guerre civile.
Quelles en sont les conséquences, et où cela mène-t-il ?